« Le festin de Babette : Et autres contes » de Karen Blixen
244 pages, Editions Gallimard, Folio (21 février 2008)
Plaisir de lecture
Présentation de l'éditeur
Babette est une Française devenue domestique en Norvège, après la Commune qui l'a contrainte à l'exil. Ses patronnes sont deux vieilles filles austères. Le jour où elle gagne dix mille francs or à une loterie, elle leur demande de la laisser préparer un dîner fin, dans la grande tradition française. Sa fortune y passe, mais une soirée aura effacé des années de carême.
Mon Avis
- Les cinq nouvelles de ce recueil ont pour point commun de rester à échelle humaine en s’intéressant de très prés à la psychologie de leurs personnages. Dans un style agréable et un rien contemplatif, ces nouvelles paraissent parfois tortueuses de par leurs multiples strates narratives et leurs intrigues en spirale.
- Le pêcheur : Un conte philosophique et théologique aux accents icariens n’ayant rien de transcendant si ce n’est ses différents niveaux narratifs et son humour discret.
- Le Festin de Babette : Pierre de voûte du recueil, cette célèbre nouvelle adapté il y a deux décennies au cinéma, présente des personnages criant de vérité et célèbre l’épicurisme face à l’austérité, la fraternisation contre les sectarismes religieux et au-delà prône l’élévation de l’âme grâce à l’art culinaire dont Babette est le bon génie généreux, dispensant la chaleur humaine qui réchauffe les solitudes et rompt l’isolement. La plus belle nouvelle du recueil.
- Tempêtes : Sur une trame théâtrale, cette nouvelle possède une intrigue en colimaçon, c’est-à-dire qu’elle s’élargit pour englober les existences d’autres personnages. On part d’une histoire de pygmalion et de jeune orpheline voulant devenir actrice, Malli, pour se retrouver dans un naufrage où Malli devient une héroïne malgré elle en sauvant un bateau et son équipage et aboutir à une histoire d’amour maudit. Comme dans « Le Festin de Babette », les protagonistes sont bien construits et d’une grande richesse émotionnelle. Cette réflexion sur la fiction, la réalité et la vie s’accompagne d’une interrogation sur le salut par l’amour, le tout sous le haut patronage shakespearien. Une très bonne histoire.
- L’Eternelle Histoire : Cette nouvelle, mettant en scène une étrange relation entre un vieux nabab antipathique de Canton et son secrétaire juif, ayant quitté très jeune la Pologne, se penche sur le pouvoir démiurgique de la richesse, la matérialisation de la fiction dans la vie réelle. Long et bavard.
- L’Anneau : Un petit conte bizarre et philosophique à la lisière du fantastique. La cruauté pastorale de l’irruption de la menace dans la vie d’un couple de jeunes mariés mièvres. Pas indispensable.
- Au final seule la superbe nouvelle éponyme du recueil et le texte intitulé « Tempêtes » valent le détour. Le reste n’est qu’ennuyeux verbiage.
chez Anis (Litterama)
chez Sabbio