Vann, David - Sukkwan Island

Publié le par Reveline

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Pages 200

Parution : 07/01/10

Editions Gallmeister

Résumé

 

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

 

Mon Avis

 

Comment être fascinée par le vide ? Comment le rien peut-il devenir hypnotique ? Vous le saurez en lisant Sukkwan Island de David Vann qui réussi l'exploit d'être formidablement attractif sans qu'il ne se passe rien ou presque sur deux cent pages.

L'atmosphère est d'une grande densité psychanalytique. Ce huit-clos glaçant et glacial entre un père dépressif et son fils, bénéficie d'une écriture factuelle et dépassionnée qui s'associe à une tension psychologique qui monte en puissance à mesure que l'on tourne les pages et qu'un malaise diffus se saisisse implacablement du lecteur pour ne plus le lâcher tout au long de la première partie du livre.

La seconde partie débute après un coup de théâtre sidérant qui laisse pantois. Insoutenable, elle perd en intensité pour gagner en introspection. Même si au final, cette seconde partie, ennuyeuse et complaisante, ne sert pas à grand-chose.

Sukkwan Island est un bon livre mais au vu de l'engouement généralisé autour de ce roman, je m'attendais quand même à bien mieux qu'une intrigue répétitive reposant uniquement sur une première partie maîtrisée et aboutie qui justifie à elle seule la lecture et un coup de théâtre, certes réussi. et bouleversant. Le basculement dans l'horreur et la manière dont ce basculement est agencé par l'auteur reste l'aspect le plus intéressant d'un livre à la fin faiblarde et incohérente.

Sukkwan Island est une lecture très dure, à la fois sombre et déprimante, qu'il convient de réserver aux lecteurs avertis et pleins de joie de vivre !

 

Extrait

 

guillemetDe la nourriture, ils en avaient apporté, du moins pour les deux premières semaines, ainsi que les denrées indispensables : farine et haricots, sel et sucre, sucre brun pour fumer le gibier. Des fruits en conserve. Mais ils comptaient vivre de chasse et de pêche. C’était leur plan. Ils mangeraient du saumon frais, des truites Dolly Varden, des palourdes, des crabes et tout ce qu’ils parviendraient à abattre – cerfs, ours, mouflons, chèvres, élans. Ils avaient embarqué deux carabines, un fusil et un pistolet.

Tout ira bien, dit le pilote.

Ouais, fit Roy.

Et je viendrai jeter un oeil de temps à autre.

Lorsque le père de Roy revint, il affichait un large sou rire qu’il essayait de dissimuler en évitant le regard de son fils tandis qu’ils déchargeaient l’équipement de radio dans une boîte étanche, les armes dans des étuis imperméables, le maté - riel de pêche, les premières conserves et les outils rangés dans des caisses. Puis il fallut à nouveau écouter le pilote pendant que son père s’éloignait en une légère courbe, laissant dans son sillage une petite traînée blanche qui s’apaisait rapidement en vaguelettes sombres, comme si elles ne pouvaient dérangerqu’un minuscule coin du monde et que, de ses tréfonds, cette région se ravalerait elle-même en quelques instants. L’eau était limpide mais suffisamment profonde, même si près de la côte, pour que Roy n’en voie pas le fond. Plus près de la rive, par contre, à la limite du miroitement, il devinait les formes floues des branches et des pierres sous la surface.

Son père portait une chemise de chasse en flanelle rouge et un pantalon gris. Il n’avait pas de chapeau, bien que l’air fût plus frais que ne l’avait anticipé Roy. Le soleil brillait sur son crâne, même d’aussi loin il le voyait scintiller sur ses cheveux fins. Son père plissait les yeux dans la lueur éclatante du matin, mais un côté de sa bouche était relevé en un sourire. Roy avait envie de le rejoindre, de poser pied à terre et d’inspec ter leur nouvelle maison, mais il restait deux allersretours avant qu’il puisse y aller. Ils avaient empaqueté leurs habits dans des sacs-poubelle, ainsi que leurs vêtements de pluie, leurs bottes, leurs cou ver tures, deux lampes, davantage de nourriture et des livres. Roy avait une caisse pleine de manuels scolaires. Ce serait une année entière d’enseignement à domicile – maths, anglais, géographie, sciences sociales, histoire, grammaire et physique-chimie niveau 4e, qu’il mène - rait à bien allez savoir comment puisque les cours impli - quaient des expériences et qu’ils n’avaient pas l’équipem ent nécessaire. Sa mère avait posé la question à son père, qui n’avait formulé aucune réponse claire. Sa mère et sa soeur lui manquèrent soudain, et les yeux de Roy s’embuèrent, mais il aperçut son père qui repoussait l’embarcation sur la plage de galets et il s’obligea à se calmer.

Lorsqu’il grimpa enfin à bord et qu’il lâcha le flotteur de l’hydravion, le dépouillement du lieu le frappa. Ils n’avaient plus rien à présent et, tandis qu’il tournait la tête et regardait 15 vann sukkwalnisland:int 27/10/09 9:49 Page 15 DAVID VANN 16 l’appareil effectuer un petit cercle derrière lui, grincer avec violence et décoller dans une gerbe d’eau, il sentit à quel point le temps allait être long, comme s’il était fait d’air et pouvait se comprimer et s’arrêter.

Bienvenue dans ton nouveau foyer, fit son père avant de poser la main sur la tête de Roy, puis sur son épaule.

Avant que le bruit de l’avion n’eût disparu, ils avaient déjà débarqué sur la plage de galets sombres, et le père de Roy, en cuissardes, descendait pour tirer la proue du Zodiac. Roy mit pied à terre et tendit la main pour empoigner une caisse.

Laisse ça pour l’instant, fit son père. On va attacher le bateau et explorer le coin. Rien ne va entrer dans les caisses ?

Non. Viens là. I

ls avancèrent dans l’herbe haute jusqu’aux tibias, d’un vert brillant sous le soleil, puis le long d’un sentier qui traversait un bosquet de cèdres jusqu’à la cabane. Celle-ci était grise et battue par les vents, mais assez récente. Son toit était pentu pour éviter les amoncellements de neige, et la structure toute entière ainsi que le porche étaient surélevés à deux mètres audessus du sol. Elle ne possédait qu’une porte étroite et deux petites fenêtres. Roy observait le tuyau du poêle qui dépassait en espérant qu’il y aurait aussi une cheminée.

Son père ne le fit pas entrer dans la cabane, il la contourna par un chemin qui continuait en direction de la colline.

Les toilettes extérieures, dit son père.

Elles étaient grandes comme un placard, surélevées elles aussi, et accessibles par des marches. Bien qu’elles soient situées à environ trente mètres de la cabane, ils devraient les utiliser par temps froid, dans la neige hivernale. Son père poursuivit le long du sentier. guillemet2

 

L'auteur

 

David Vann est né sur l'île Adak, en Alaska. Après avoir parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il travaille actuellement à la construction d’un catamaran avec lequel il s'apprête à effectuer un tour du monde à la voile en solitaire. Auteur de plusieurs livres, il vit en Californie où il enseigne également à l'Université de San Francisco. Sukkwan Island est son premier roman traduit en français.

Publié dans Thriller

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Commenter cet article

sophie57 12/02/2011 23:44



moi j'ai adoré:un de mes coups de coeur 2010!



Anne 30/01/2011 14:52



Même si ce roman m'a surprise ; je l'ai trouvé extraordinaire. Je lui aurai plutôt mis 4 étoiles 1/2 ; je suis bien contente qu'il ait eu un prix. Maintenant, je pense que l'auteur est sacrément
attendu avec son prochain roman.



Reveline 30/01/2011 15:04



Je pense que je lirai son prochain roman avec intérêt tout de même. Ce n'est pas que Sukkwan ne soit pas bon c'est qu'à mes yeux il est inégal, une bonne première partie puis le soufflé retombe
après " le drame". Mais il m'a surprise tout autant que vous Anne ce roman. Le coup de théâtre m'a soufflée !