[Partenariat] « Petite sœur, mon amour » de Joyce Carol Oates

Publié le par Reveline

 

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« Petite sœur, mon amour » de Joyce Carol Oates

Editions Points

Publié en 2011 ~ Langue : Française ~ 734 pages

Traduit par Claude Seban

Temps de lecture : 3 jours

Plaisir de lecture : la-complainte-09-copie-1

Synopsis

S'emparant d'un fait-divers, un mystère jamais résolu, qui bouleversa l'Amérique - l'assassinat le soir de Noël 1996 de la petite JonBenet Ramsey, six ans et demi, célèbre mini-Miss vedette de concours de beauté -, Joyce Carol Oates reconstruit l'affaire qu'elle n'hésite pas, elle, à dénouer. Une histoire effarante racontée dix ans après par le frère de la victime. La petite fille s'appelle maintenant Bliss, c'est une championne de patinage sur glace, l'enfant adoré de ses parents, la coqueluche d'un pays, la soeur aimée et jalousée par son frère, son aîné de trois ans, Skyler. Skyler qui, depuis le meurtre, a vécu dans un univers de drogues, de psys et d'établissements médicalisés. Agé aujourd'hui de dix-neuf ans, il fait de son récit une sorte de thérapie. Ses souvenirs sont à la fois vivaces et disloqués. Peu à peu émerge le nom du coupable : est-ce le père - homme d'affaires ambitieux, la mère - arriviste forcenée, un étranger cinglé ou bien... le narrateur lui-même ? Tous les ingrédients préférés de Joyce Carol Oates sont là : la vanité féminine, la stupidité masculine, la famille dysfonctionnelle, l'angoisse du parvenu, le christianisme de charlatan, les dérives de la psychanalyse, le vampirisme des médias, l'incompétence de la police. Pour produire en fin de compte un chef-d'oeuvre hallucinant, un dépeçage au scalpel de l'âme humaine et de l'horreur ordinaire...

 

 

Atypique dans sa construction non-chronologique qui tend à imiter la forme d’un manuscrit raturé, voire d’un embryon de roman, « Petite sœur, mon amour » n’est ni un thriller ni un livre journalistique mais plutôt la radiographie terrifiante autant qu’impitoyable d’une famille américaine de la classe aisée, de deux enfants sacrifiés sur l’autel des égoïsmes, des arrivismes et de l’irresponsabilité de deux parents indignes qui ne pourront que déclencher l’incompréhension et le ressentiment chez le lecteur. Il est d’ailleurs déconseillé de lire ce roman si vous êtes déprimé, l’ambiance est si lourde et si pesante que votre moral s’en ressent. Ce roman met mal à l’aise, pas seulement parce que la plupart de ses personnages sont ignobles mais surtout parce que le lecteur se sent continuellement un intrus, un voyeur en parcourant les 700 et quelques pages du roman.

Pamphlet contre les conservateurs américains, le snobisme des classes aisées qui fabrique des enfants à problèmes voire des monstres, la pédopsychiatrie et son commerce médicamenteux qui fait tourner les industries pharmaceutiques, la presse poubelle et ses charognards, ce roman appuie là où ça fait mal.

L’écriture de Joyce Carol Oates ne fait pas de quartier, pointue comme un scalpel trempé dans du vitriol. Entre éparpillements et fragments, les phrases sont comme de petites îles flottant sur les vagues déchainées d’une mer de névroses et de traumatismes psychologiques. C’est là la grande force de cette grande dame de la littérature américaine, son aisance à sonder les tréfonds de l’âme humaine, à explorer les psychismes, à triturer les blessures psychologiques dans un vertigineux et effroyable forage qui ne peut laisser personne indifférent.

L’originalité du narrateur, Skyler, grand frère de la victime, touchant et attachant malgré sa carapace de cynisme, est qu’il pourrait très bien être lui aussi l’assassin de sa petite sœur, en tout cas il est potentiellement suspect comme tous les personnages du roman. On prend  la petite « Bliss » en pitié, pressentant le drame qui se tisse autour d’elle, on a envie de sauter à pieds joints dans le roman et de l’arracher, ainsi que Skyler, aux griffes maternelles, de les soustraire à la personnalité cannibale de leur père qui les fascine comme le cobra avant de fondre sur eux et de les blesser, encore et encore.

On ne pourra malgré tout s’empêcher de remarquer que le roman traine beaucoup trop en longueur et qu’il y a bon nombre de répétitions et de digressions inutiles qui n’apportent rien au roman (notamment de trop nombreuses notes de bas de pages qui gêne la lecture).

« Petite sœur, mon amour » est sans doute loin d’être le meilleur roman de l’auteure si l’on en croit les critiques mitigées. Toutefois, malgré le fort sentiment de lassitude qui s’empare du lecteur vers le milieu du roman, Joyce Carol Oates l’emmène brillamment dans les coulisses psychologiques d’un dramatique fait divers et lui offre un roman marquant dont nul ne ressort tout à fait indemne. La finalité n’étant pas ici de résoudre l’enquête et de dénoncer le meurtrier de « Bliss » mais de dresser un effroyable état des lieux d’une certaine mentalité américaine et des noirceurs que peut recéler l’âme de certains individus qui, sous couvert de foi ou d’amour, se comportent en despotes domestiques sans scrupules en utilisant leurs enfants, parfois même au-delà de la mort, pour vivre leur rêve par procuration ou atteindre à une hypothétique postérité.

 

Je remercie fort chaleureusement Les Editions http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2011/01/15/files/2010/06/points.jpg et Livraddict pour m’avoir offert l’occasion de lire ce roman et de découvrir la grande auteure américaine Joyce Carol Oates. 

 

Publié dans Romans Etrangers

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Commenter cet article

Cajou 27/11/2011 00:56


Le résumé ne m'avait pas donné envie en Partenariat et j'ai bien fait... je n'aime pas quand c'est un pavé et que ça traine en longueur... Par contre, j'ai trouvé ton billet magnifiquement écrit
!


J'en ai plusieurs autres de l'auteure dans ma PAL (LesChutes, Les Mulvaney et Grande Gueule)


Biz ^^

Reveline 27/11/2011 14:10



Merci ! De cette auteure, j'ai Zombi dans ma PAL 



Anis 25/11/2011 21:04


Oui mais réellement les critiques ne donnent pas envie de le lire. En plus c'est un pavé....Et pourtant j'adore la dame.

Reveline 27/11/2011 14:09



Ce n'est pas son meilleur assurément. C'est très longuet mais l'intrigue est forte. Mais beaucoup de bavardages.