Clemens, James - Les Bannis et les Proscrits, Tome 5 : L'étoile de la Sor'cière

Publié le par Reveline

57184824 pClemens, James - Les Bannis et les Proscrits, Tome 5 : L'étoile de la Sor'cière

Plaisir de lecture51784111 p

 

C'est avec un mélange de tristesse à la perspective de quitter des personnages auxquels je me suis fortement attachés et d'appréhension, par peur d'être déçue par le dénouement de cette saga qui m'a tenu si magnifiquement en haleine depuis le premier tome, que j'ai débuté la lecture de ce dernier tome des aventures de la Sor'cière.

Aussi est-ce la lassitude ou l'effroyable exigence de mes attentes concernant cet ultime tome ? Toujours est-il que je n'ai pas été transportée comme pour les tomes précédents. La magie s'était-elle évaporée ou bien était-ce mon état d'esprit (toujours grippé et fiévreux) qui n'était pas au diapason ?

Des petites choses ont dérangé ma lecture :  la mise en place un peu laborieuse de l'intrigue au début du roman comme si les fils avaient du mal à se renouer d'autant que cette dernière parait moins fluide et moins travaillée que d'habitude (du moins au début), l'installation un peu maladroite du personnage d' Harlequin.

Alors que dans les tomes ultérieurs, les aventures des uns et des autres s'enchaînaient parallèlement sans confusion ici les chemins suivis par nos héros semblent trop linéaires et schématiques. De plus la qualité inégale des aventures vécues par nos compères, chacun dans leur coin pénalise beaucoup l'ensemble du roman, ainsi les péripéties des ogres m'ont semblées longuettes et ennuyeuses par rapport aux missions des autres protagonistes. Heureusement au bout du compte, tout s'équilibre et l'intrigue devient captivante jusqu'au dénouement haletant du roman.

Légèrement décue également par les redites dans le récit, l'auteur recycle des ingrédients et des méchants déjà utilisés dans les premiers tomes et c'est dommage. De plus, l'auteur semble faire mourir ses personnages juste pour les faire mourir comme s'il voulait respecter le quota de morts inhérent à tout dernier tome d'une saga fantasy qui se respecte. C'est la sensation que j'ai eu même si ces morts restent émouvantes et souvent inattendues, on a l'impression que l'auteur se force à sacrifier des personnages.

En revanche, les nouveaux Si'lura, notamment Épine la louve, sont passionnants à découvrir et permettent d'en apprendre davantage sur le peuple métamorphe ce qui m'avait toujours manqué jusque là. Le peuple Si'lura se révèle passionnant d'autant que les jumeaux métamorphes un peu passifs jusqu'ici s'avèrent bien plus concernés dans ce dernier tome où ils cessent d'être des suiveurs et prennent part activement à l'intrigue en tant qu'éléments de la prophétie. On en apprend long également sur la naissance du Seigneur Noir et de la corruption.  Si les révélations fracassantes et les surprises renversantes ne sont pas au menu de ce tome ultime, les très bonnes idées et l'originalité des manifestations magiques et fantastiques sont toujours au rendez-vous. Et la maîtrise de l'auteur, sa poésie de la magie et son style efficace et rythmé le sont également. Ainsi, Tyrus le prince-pirate fait une rencontre des plus saisissantes en partant au secours de l'armée n'aine.

Les sombres stratagèmes du Seigneur Noir se déploient devant nos yeux inquiets et prennent la pleine mesure de leur machiavélisme.

Plus mélancolique et sombre, ce tome offre à chacun des personnages ou presque l'occasion d'un retour aux sources de sa vie, de lui-même et de son histoire, accompagné d'un questionnement intérieur et intime qui pourra parfois déboucher sur une certaine forme de rédemption. Il plane sur ce tome l'ombre des  chers disparus, ces défunts qui pèsent sur l'intrigue de par leur absence. La nostalgie saisit les personnages et le lecteur quand l'auteur revient sur les événements passés des premiers tomes de la saga, sur tous ceux qui ont aidé Elena dans son périple et qui aujourd'hui ne sont plus là pour se battre à ses côtés. Émouvant d'autant que personne ne disparaît vraiment chez Clemens. L'esprit, l'âme des disparus restent présent pour guider ceux qui restent. Ce qui est un peu moins triste.

Les couples se forment dans cette atmosphère de fin du monde mais sont aussitôt mis en danger et ce tout le long du livre. Notamment mon couple préféré Kast/Sy-wen pour lequel j'ai tremble jusqu'au bout. Former les couples donne à l'auteur la possibilité de développer le côté sentimental de la saga mais également et surtout de laisser libre cours à la sensualité et aux désirs de ses personnages plutôt sages jusqu'à présent. L'histoire entre Er'ril et Elena évolue et s'intensifie de manière magnifique sans jamais tomber dans la mièvrerie, de même qu'entre Kast et Sy-wen dont la passion n'est jamais sirupeuse ou ridicule.

En conclusion si ce tome n'a pas été l'apothéose attendue, il n'en demeure pas moins que ce dernier volet est de qualité égale aux précédents et reste une lecture fortement agréable et hautement divertissante. C'est donc dans l'ensemble une fin satisfaisante qui évite le happy end facile et qui s'efforce de ne pas être prévisible tout en ouvrant de nouvelles perspectives de réflexions au lecteur au travers du destin de Joach ou bien encore au travers de l'histoire du Seigneur Noir que Clemens à l'intelligence de ne pas diaboliser à outrance, voire d'humaniser. Ces réflexions rétroactives sur l'histoire de la Sor'cière ainsi que les faits et gestes des personnages participent au plaisir d'après-lecture du lecteur qui pourra exercer sa sagacité sur de nombreux points de l'histoire, notamment sur ce qui concerne le paratexte de la saga, brillamment inventé par Clemens, et qui touche notamment aux parchemins proscrits sur lesquels sont relatés les exploits de la Sor'cière et de ses compagnons.

Même si certaines ficelles du dénouement semblent un peu grosses et liées entre elles à la hâte, la fin est belle sans être joyeuse et donne du grain à moudre au lecteur. Une bonne idée de l'auteur pour faire perdurer le plaisir une fois la saga achevée.

Sans être révolutionnaire, cette saga de fantasy médiévale aux forts accents écologiques et aux personnages multi-facettes, à la fois tourmentés et attachants,  est une vraie réussite qui restera dans ma mémoire et que je prendrais plaisir à relire.


Publié dans Fantasy

Commenter cet article