« Charly 9 » de Jean Teulé

Publié le par Reveline

couv50921374.png200 pages,Editions Julliard, (2011).


Plaisir de lecture56542049

 

Charles IX fut de tous nos rois de France l'un des plus calamiteux.
A 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint-Barthélemy qui épouvanta l'Europe entière. Abasourdi par l'énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses.
Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous.
Pourtant, il avait un bon fond.

 

Mon Avis

 

Une farce historique à la désinvolture malicieuse, audacieusement écrite, où classicisme du langage, modernité de ton, truculence et humour politiquement incorrect s'associent pour créer des dialogues emphatiques et théâtraux du meilleur cru.

Déshumanisant ses personnages pour mieux s'en gausser, notamment  Charles IX, bouffon, que la culpabilité fait sombrer dans la folie, Jean Teulé offre une farce irrévérencieuse à l'ironie grinçante constituée de courts chapitres comme autant d'épisodes tragi-comiques surréalistes voire non-sensiques de la vie d'un roi et dont le sujet, le massacre de la St-Barthélémy, et surtout son traitement, pourra rebuter certains ou faire grincer quelques dents. Mais Teulé se sort avec les honneurs de ce sujet casse-gueule.

 Il y a du Rabelais chez Jean Teulé !  

 

Extrait

 

guillemetSous le haut plafond d’une salle à manger du palais décoré d’une Diane chasseresse, de satyres couchés et de chiens courants, c’est très miraculeux ce passereau si joli qui sautille d’un air attentif et poli derrière des barreaux.

    Charly 9, en trousse bouffante moirée, ouvre la cage et s’empare de l’oiseau dont il brise le cou. Il en est fini du pépiement de cet « hôte de nos bois ». Il se retrouve aligné sur la table à côté d’autres, la tête sous une aile, ayant l’air de dormir.

 

    — Goûtez donc de ce pâté en croûte auprès des mauviettes étalées, Ronsard, et me direz si ce n’est pas une merveille comme vos poèmes, déclare le roi en ouvrant la porte d’une autre cage.

 

    — Que faites-vous, Sire ? s’inquiète, à quarante-huit ans, le bucolique poète de la Pléiade qui préfère la salade.

 

    — Je casse des cous d’alouettes.

 

    « Commeint ? » demande de répéter, avec son accent vendômois, le quasi sourd Ronsard, paume rabattant le pavillon d’une oreille vers le monarque qui élève la voix :

 

    — JE CASSE DES COUS D’ALOUETTES ! Ça me calme et puis ça aide en cuisine car j’ai ordonné au charcutier retrouvé que j’ai nommé maître pâtissier alouettier, fournisseur officiel de la Couronne, qu’il serve dorénavant de sa succulente terrine à tous les repas du Louvre.

 

    — Altesse, il va falloir en attraper, chaque jour au filet, des petits oiseaux pour les trois mille membres de la Cour ! Cette recette, parmi les volatiles d’Île-de-France, sera une vraie Saint-Barthé...

 

    — Vous, qui êtes aussi mon aumônier ordinaire, avez plutôt applaudi au massacre des huguenots. N’est-ce pas, cher humaniste ?

 

    Le collègue tonsuré de Joachim du Bellay arrondit à nouveau une paume autour de l’oreille :

 

    — Commeint ?

 

    — ÇA VOUS A PLU LA SAINT-BARTHÉLEMY, HEIN, RONSARD !?

 

    — Oui.

 

    — Voulez-vous casser des cous d’alouettes avec moi ?

 

    — Non merci. J’aime mieux cueillir la boursette touffue, la pâquerette à la feuille menue, la pimprenelle heureuse pour le sang, pour la rate, et pour le mal de flanc.

 

    La barbiche et les fines moustaches du végétarien papiste frémissent lorsqu’il voit un nouveau passereau frétiller des ailes entre les doigts du monarque qui avoue à son poète :

— Je puis donner la mort, vous l’éternité. guillemet2

 

L'auteur

 

Homme aux multiples facettes, Jean Teulé a commencé par la bande dessinée, avant de se lancer dans l'univers du petit écran avec des émissions comme 'L' Assiette anglaise', aux côtés de Bernard Rapp, ou 'Nulle part ailleurs sur Canal +'. Mais c'est bel et bien l'écriture qu'il préfère. Il commence donc à publier des romans comme 'Rainbow pour Rimbaud' en 1991 - qu'il adapte ensuite au cinéma - ''Darling' en 1998, 'O'Verlaine' en 2004 ou encore 'Le Magasin des suicides' en 2007. L'année suivante, il se plonge à nouveau dans la littérature et offre 'Le Montespan', un roman historique drôle salué par la critique.

Publié dans Roman historique

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pyrausta 04/04/2011 16:30



l'interet est de confronter nos points de vue



Reveline 05/04/2011 13:14



Oui, c'est certain



pyrausta 30/03/2011 18:46



j'ai aimé "je, françois Villon"et detesté" Le Montespan" celui là me tente mais j'ai un peu peur ...



Reveline 04/04/2011 15:07



J'ai "Le Montespan" à lire, tu me fais peur là ! J'espère aimer !



Val bouquine 29/03/2011 22:00



"tentait" - "prioritaires".  Decidement moi et l'orthographe, c'est la cata : deux fautes en deux phrases,  c'est tres moyen sur un blog litteraire 


 


 


 



Reveline 30/03/2011 13:20



Bah, ce n'est pas grave ! Tout le monde fait des fautes ! A commencer par moi. Je suis certaine qu'il y en a un paquet sur mon blog



Anne 29/03/2011 18:41



Je n'ai rien lu de cet auteur mais j'en ai entendu tellement de bien que je me suis achetée "Le Montespan" mais je n'ai pas pris encore le temps de le lire. Quant à ce nouveau roman, il a aussi
des avis plutôt positifs ; ton article le confirme. Tu me donnes trop envie de le lire !!



Reveline 30/03/2011 13:20



J'ai aussi "Le Montespan" à lire et "Le magasin des suicides".



Val bouquine 29/03/2011 13:52



Ah !! tu me donnes envie . J'aime beaucoup Jean Teule, et ce Charly me tentais bien. Ce sera un de mes achats prioritaire en rentrant si je ne le trouve pas ici. Merci !!



Reveline 29/03/2011 14:33



J'espère que tu t'éclateras autant que moi en le lisant