[LC]« Ce cher Dexter » de Jeff Lindsay

Publié le par Reveline

 

51zQhv4JhgL. SS400308 pages, SEUIL, Collection Points (4 mai 2006).

 

Plaisir de lecture 51784111 p

 

Présentation de l'éditeur

 

Il est lui-même serial-killer quand il ne s'emploie pas à les traquer. Lui, c'est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps... Un jour, il est appelé sur les lieux d'un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui... Impossible...

 

Mon Avis

 

Adoratrice avouée et assumée de la série Dexter, j'ai longuement hésité à commencer la lecture des romans, il m'a fallu cette lecture commune proposée chez Livraddict pour me décider.


J'aurai aimé découvrir Dexter sur papier plutôt qu’à l’écran, le plaisir aurait été encore plus intense. Ayant visionné toutes les saisons de la série, je connaissais bien évidemment l'intrigue de ce premier tome (bien qu’elle eut été réaménagée pour la télévision et que certaines scènes eurent été rajoutées par rapport au roman). Mais ce qui me fait dire cela est surtout le fait que le personnage de Dexter est encore plus ambigu et glaçant dans le roman. Il y perd le côté un peu débonnaire qu’il a dans l’adaptation TV.

La fin du roman est également différente de l’épilogue de la saison 1, le destin de certains personnages est plus tragique sur papier que sur écran et Dexter y gagne en complexité. Même si au final cette fin d'une immoralité jubilatoire m’a tout de même un peu déplu ne me semblant pas assez aboutie malgré son intensité et sa noirceur.


L’intérêt du roman est donc double. Il réside à la fois dans la découverte d’un personnage hors-norme (Dexter, ses instincts, ses pensées de sociopathe, son mode opératoire) mais aussi dans l’enquête parallèle menée par la police de Miami et notre serial killer en chemisette bariolée préféré qui doit mettre son admiration pour le tueur qu’il poursuit de côté afin d’aider sa sœur adoptive Deborah à faire ses preuves d’enquêtrice.

Que dire d’autre si ce n’est le  plaisir de retrouver ici la même atmosphère, la douce noirceur ensoleillée de Miami :

 

« Miami était déserte, aussi déserte qu’elle peut l’être; une ville rendue solitaire par le fantôme de la foule qui la peuplait le jour. Une ville qui, débarrassée de son masque de soleil et de ses T-shirts voyants, se réduisait à un simple terrain de chasse »(p.83).


Sans oublier la personnalité fascinante du charismatique Dexter, et celles des autres personnages importants de la série (Deb, Rita, Vince, Angel, Harry ...). Seul le commissaire LaGuerta m'a semblé différent de la série TV, dans le roman elle est montrée comme une ravissante crétine, un mauvais flic arriviste et lèche-bottes, ce qui ne ressort pas vraiment dans la série mais c'est l’une des rares exceptions.


J'ai trouvé que Jeff Lindsay écrivait vraiment bien, d'une manière fluide, nerveuse et prenante (le premier chapitre du roman happe immédiatement le lecteur et ne le lâche plus). Les scènes « gores » paraissent encore plus impressionnantes lues que vues grâce au pouvoir de l'imagination.

De plus, les romans me semblent encore plus drôles que l'adaptation TV qui, déjà, me comble souvent de joie par l’ironie et les sarcasmes hilarants du personnage principal.

Dexter ne se considérant pas comme humain et n’éprouvant ni émotions ni sentiments dits humains, il peut prendre beaucoup de distance vis-à-vis de ses contemporains. Ce recul lui confère une causticité réjouissante sur les êtres et les choses qui l’entoure. Mais s’il se moque du monde et de la société en général, il pratique aussi avec brio l’autodérision, se moquant de ses moments de faiblesse humaine.

 

J'avais peur de ne pas retrouver le Dexter Morgan que j'apprécie tant dans la série, à la fois fascinant, charmeur, touchant et inquiétant et qui tour à tour me fait peur, me touche ou me fait rire, mais j'avais tort de m'inquiéter, j'ai retrouvé le Dexter qu'on aime (incarné si brillamment par le génial Michael C. Hall).

 

Les fans inconditionnels de la série (comme moi) se régaleront de retrouver l'univers de Dexter et tous les principaux ingrédients qui font sa réussite (le superbe générique en moins,  mais bon on ne peut pas tout avoir ! ) tout en ayant l’impression pourtant de tout découvrir pour la première fois car là on est en immersion totale dans la tête de Dexter, dans le désordre psychotique de ses pensées et de ses fantasmes et c'est vraiment jouissif. On a l'impression d'une plus grande intimité avec le personnage par rapport à la série où l'on reste plus ou moins un spectateur extérieur même si Dexter nous confie souvent ses pensées en voix-off.

Quant aux lecteurs moins aguerris, ils risquent bien de succomber aux charmes vénéneux et drolatiques de cette série policière pas du tout comme les autres. «Dexter » réussit en effet le tour de force d’être à la fois un roman léger et macabre, drôle et terrifiant. Une sacrée performance !

 

Morceaux choisis

 

(Cela donne un très bon aperçu de l'ironie de notre cher Dexter)

 

« Qu'est-ce que le sommeil, en définitive, sinon le moyen de reléguer notre démence au fond de la trappe sombre de notre subconscient pour nous réveiller le lendemain prêt à manger un bol de céréales et non les gosses des voisins ».

 

« Après avoir mis le café en route, j'allai voir si le journal était arrivé, sans vraiment y croire cependant : il était rare qu'il arrive avant 6h30, et le dimanche c'était plutôt après 8 heures. Encore un signe que notre société se désintégrait totalement, une réalité qui avait tant miné Harry. Non mais vraiment ! Si vous ne pouvez pas me livrer mon journal à l'heure, comment voulez-vous que je me retienne de tuer des gens ? »


« Un immense complexe immobilier était en construction, afin d'améliorer notre vie à tous en transformant les arbres et les animaux en ciment et en retraités du New Jersey » (p.154).

 

 

L'auteur

 

Jeff Lindsay a été musicien et comédien avant de devenir écrivain. On retrouve Dexter dans son second roman Le Passager noir.

Pour lire d'autres avis, c'est ici : Sofynet, Aidoku, Cerisia, TheChouille

challenge-100-ans

Publié dans Thriller

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Aidoku 10/04/2011 14:18



Je ne connais pas la série, dont j'ai vu uniquement les premiers épisodes, alors je ne peux vraiment comparer. Mais LaGuerta m'a semblé tout aussi styupide, léche-botte et arriviste sur les deux
supports.



cerisia 03/04/2011 23:53



Superbe billet  et oui il manquait le générique !!!


Je n'ai vu que la saison 1 et j'ai hâte de lire le tome 2 pour savoir la suite !



Reveline 04/04/2011 14:15



Ah mais le tome 2 a trés peu à voir avec la saison 2 justement



sofynet 02/04/2011 23:30



Je suis d'accord avec toi concernant Laguerta : elle est beaucoup moins stupide (ou du moins ça se voit moins) dans la série. J'ai vraiment envie d elire la suite maintenant ! Merci pour ta
participation à cette LC ! 



Reveline 04/04/2011 14:15



Merci à toi de l'avoir organisée ce fut super sympa !



Natacha aka TheChouille 02/04/2011 13:07



effectivement, le générique manque ;)
comme toi, j'ai totalement redécouvert Dexter grâce au livre, car être dans sa tête change réellement la façon de voir les choses ! Et c'est d'autant plus prenant car la série n'a pas suivi le
livre :D 



Reveline 02/04/2011 13:40



Exactement ! Et tu verras que c'est encore plus flagrant avec le tome 2 qui n'a presque rien à voir avec la série



Anne 01/04/2011 20:04



A grand désarroi, j'ai moyennement accroché à la série alors que mon mari a adoré. Peut-être que j'aurais plus de chance avec les livres ?!



Reveline 02/04/2011 13:41



Ah ben tant pis ! On ne peut pas tout aimer !